En août 2015, Pierre Claver Mbonimpa, l’un des défenseur-e-s des droits humains les plus connus au Burundi, rentrait chez lui après son travail lorsqu’un motard lui a tiré une balle au visage. Il a survécu à l’agression mais a dû se faire opérer et traverser une longue période de convalescence. Cette tentative d’assassinat était redoutée depuis un certain temps. Pierre Claver Mbonimpa a fondé l’Association pour la protection des droits humains et des personnes détenues (APRODH) après avoir été torturé et incarcéré alors qu’il était innocent entre 1994 et 1996. Avec d’autres militants, il a reçu des menaces à plusieurs reprises pour avoir organisé la campagne de lutte contre l’impunité pour le meurtre, en 2009, d’Ernest Manirumva, un autre défenseur des droits humains qui enquêtait sur la corruption de la police au Burundi. Pierre Claver Mbonimpa a de nouveau été arrêté en 2014, après avoir commenté sur une chaîne de radio burundaise qu’il pensait que des jeunes recevaient illégalement une formation et du matériel militaires. Il a été libéré plusieurs mois plus tard pour raisons de santé, mais est retourné en prison pour une courte période, en avril 2015, dans le cadre de la répression, organisée par le gouvernement, de la manifestation de la société civile contre la décision du président Nkurunziza de se présenter à sa réélection pour un troisième mandat. Cette vague de répression a également pris pour cible plusieurs autres défenseurs des droits humains, dont Marie-Claudette Kwizera, membre de la Ligue Iteka, organisation de défense des droits humains. Portée disparue depuis décembre 2015, elle a sans doute subi une disparition forcée aux mains des forces des services du renseignement. Après la tentative d’assassinat dont Pierre Claver Mbonimpa a été victime, plusieurs membres de sa famille ont fait l’objet de menaces et d’une surveillance. En octobre 2015, pendant que Pierre Claver Mbonimpa se remettait de ses blessures à l’étranger, son beau-fils Pascal Nshimirimana a été tué par les forces de sécurité. Un mois plus tard, elles ont également tué son fils, Welly Fleury Nzitonda. On estime que leurs assassinats ont un lien avec le travail de défense des droits humains de Pierre Claver Mbonimpa et de l’APRODH. Pierre Claver Mbonimpa vit actuellement en exil. Beaucoup d’autres défenseur-e-s des droits humains et de journalistes burundais ont dû fuir le pays pour leur sécurité, à cause de la violence ou des menaces de violence, mais aussi de l’utilisation la législation relative à la diffamation, au terrorisme et à la lutte contre la corruption pour les réduire au silence.